Violence conjugale
Violence conjugale : les premiers pas pour se mettre en sécurité
3 septembre 2026 · Ibrahima Sow

Se protéger aujourd’hui, préparer demain et retrouver sa liberté
Vivre dans une relation violente ne signifie pas être condamné à subir la violence. Des solutions existent, des personnes peuvent vous accompagner et chaque mesure prise pour votre sécurité compte.
Quitter une relation marquée par la violence est rarement une décision simple ou un événement unique. C’est souvent un processus long et difficile, qui nécessite du courage, de la préparation et un accompagnement adapté.
La peur des représailles, la dépendance financière, les pressions familiales et sociales, la présence d’enfants, les menaces ou encore l’absence d’un logement sûr peuvent empêcher une victime de partir immédiatement.
En Guinée, certaines réalités socioculturelles, notamment la pression pour préserver le mariage, la crainte du jugement de la communauté ou la dépendance économique, peuvent rendre cette démarche particulièrement difficile.
Il est essentiel de rappeler qu’aucune forme de violence n’est acceptable et que la responsabilité appartient toujours à son auteur.
Même lorsqu’il n’est pas encore possible de quitter le domicile, certaines précautions peuvent contribuer à réduire les risques et à préparer une éventuelle mise en sécurité.
1. Reconnaître les signes d’une relation violente
Les violences conjugales ne se limitent pas aux coups et aux blessures physiques. Elles peuvent prendre plusieurs formes, parfois difficiles à identifier au début d’une relation.
Les violences physiques :
Coups, gifles, étranglements, bousculades, blessures ou toute autre agression physique.
Les violences psychologiques :
Insultes, humiliations, intimidations, menaces, chantage affectif, dévalorisation et comportements visant à provoquer la peur.
Les violences économiques :
Confiscation des revenus, interdiction de travailler, privation d’argent ou contrôle permanent des dépenses.
Les violences sexuelles :
Relations sexuelles imposées, pressions, attouchements non consentis ou toute pratique sexuelle réalisée sans consentement libre.
Les violences numériques :
Surveillance du téléphone, contrôle des réseaux sociaux, consultation forcée des messages, géolocalisation imposée ou diffusion de contenus intimes sans consentement.
L’isolement social :
Interdiction de rencontrer sa famille, de fréquenter ses amis ou de participer à des activités sociales.
Ces comportements peuvent s’aggraver progressivement. Les reconnaître constitue une première étape pour rechercher de l’aide.
2. Identifier un lieu sûr avant qu’une urgence survienne
Lorsqu’une situation devient dangereuse, il est parfois difficile de réfléchir rapidement ou de prendre une décision.
Identifier à l’avance un endroit où se réfugier peut faciliter une mise en sécurité.
Ce lieu peut être :
- Le domicile d’un membre de la famille en qui vous avez confiance.
- La maison d’un voisin ou d’une amie de confiance.
- Un centre d’accueil ou une structure d’accompagnement des victimes.
- Un établissement de santé.
- Un service de protection compétent.
Il est préférable de choisir un endroit dont l’adresse n’est pas connue de l’auteur des violences, lorsque cela est possible.
Si vous êtes en danger immédiat, privilégiez votre sécurité et contactez les services d’urgence ou une personne capable de vous aider.
Important : si vous craignez une agression, évitez autant que possible les espaces où vous pourriez être enfermé(e) ou où des objets dangereux sont facilement accessibles.
3. Préparer discrètement les documents essentiels
En cas de départ précipité, certains documents peuvent être indispensables pour accéder à des soins, demander une assistance ou accomplir des démarches administratives.
Lorsque cela peut se faire sans danger, préparez des copies des documents suivants :
- Carte nationale d’identité, passeport ou autre pièce d’identification.
- Actes de naissance des enfants.
- Certificat de mariage, si disponible.
- Carnets de santé et documents médicaux.
- Documents scolaires des enfants.
- Documents bancaires et justificatifs de revenus.
- Ordonnances médicales et informations sur les traitements indispensables.
- Coordonnées de personnes de confiance.
Ces documents peuvent être confiés à une personne fiable ou conservés dans un endroit sécurisé.
Si vous utilisez un téléphone ou un espace de stockage numérique, assurez-vous que l’auteur des violences ne peut pas y accéder.
Ne prenez pas de risques supplémentaires pour récupérer des documents. Votre sécurité et celle de vos enfants restent prioritaires.
4. Prévoir une petite réserve financière
La dépendance économique constitue l’un des principaux obstacles au départ d’une relation violente.
Lorsque cela est possible et sans augmenter les risques, disposer d’une petite somme d’argent peut faciliter un déplacement urgent.
Cette réserve peut servir à :
- Payer un transport.
- Acheter de la nourriture ou des produits essentiels.
- Acheter du crédit téléphonique.
- Accéder temporairement à un hébergement.
- Couvrir certains besoins immédiats des enfants.
Il est également possible de solliciter une aide matérielle auprès d’une personne de confiance ou d’une organisation spécialisée.
L’absence de ressources financières ne doit jamais empêcher une victime de demander de l’aide.
5. Mettre en place un plan de sécurité pour les enfants
Les enfants exposés aux violences conjugales peuvent subir des conséquences psychologiques importantes, même lorsqu’ils ne sont pas directement agressés.
Il est essentiel de les protéger sans leur faire porter la responsabilité de la situation.
Selon leur âge et leur capacité de compréhension, vous pouvez :
- Leur apprendre à reconnaître une situation dangereuse.
- Leur indiquer un endroit sûr où se rendre.
- Leur expliquer comment contacter un adulte de confiance.
- Leur apprendre à demander de l’aide en cas d’urgence.
- Leur rappeler qu’ils ne sont pas responsables des violences.
Il est important de ne jamais demander à un enfant d’intervenir physiquement pour arrêter une agression.
Un accompagnement psychologique adapté peut également aider les enfants à surmonter les conséquences des violences vécues ou observées.
6. Protéger son téléphone et ses communications
Dans certaines situations, l’auteur des violences peut surveiller les appels, les messages, les déplacements ou les activités numériques de la victime.
Pour limiter ces risques, plusieurs précautions peuvent être envisagées :
- Utiliser, si possible, un appareil auquel l’auteur des violences n’a pas accès.
- Éviter d’enregistrer des contacts sensibles sous des noms facilement identifiables.
- Vérifier prudemment les paramètres de partage de localisation.
- Protéger ses comptes avec des mots de passe sécurisés, lorsque leur modification ne présente pas de danger.
- Demander de l’aide depuis le téléphone d’une personne de confiance si son propre appareil est surveillé.
Attention : supprimer des messages, modifier des mots de passe ou désactiver une géolocalisation peut parfois alerter une personne violente.
Toute mesure de sécurité numérique doit être adaptée à votre situation et ne pas augmenter le danger.
7. Conserver des preuves lorsque cela est possible
Les violences peuvent être difficiles à démontrer, particulièrement lorsqu’elles se produisent dans un cadre privé.
Si cela ne vous expose pas à davantage de risques, vous pouvez conserver certains éléments :
- Messages contenant des menaces.
- Photographies de blessures.
- Certificats médicaux.
- Témoignages de personnes ayant assisté aux faits.
- Dates et descriptions des incidents.
- Documents relatifs aux violences économiques ou psychologiques.
Ces éléments peuvent être utiles lors d’un signalement ou d’une procédure judiciaire.
Toutefois, la collecte de preuves ne doit jamais vous mettre en danger.
Vous pouvez demander de l’aide même si vous ne disposez d’aucune preuve matérielle.
8. Ne pas affronter seul(e) une situation dangereuse
Lorsqu’une victime envisage de quitter une relation violente, les risques peuvent parfois augmenter, notamment si l’auteur des violences apprend son intention de partir.
Il est donc préférable, lorsque cela est possible, de préparer cette démarche avec l’aide d’une personne de confiance ou d’un professionnel spécialisé.
Évitez d’annoncer votre départ si vous pensez que cette annonce pourrait provoquer une agression.
Un professionnel peut vous aider à évaluer les risques, à identifier des solutions d’hébergement et à organiser un départ plus sûr.
Chaque situation étant différente, il n’existe pas de méthode unique applicable à toutes les victimes.
9. Demander de l’aide : vous n’êtes pas seul(e)
Il n’est pas nécessaire d’attendre qu’une situation devienne extrêmement grave pour demander de l’aide.
Une victime peut rechercher un accompagnement dès les premiers signes de violence.
Un numéro d’écoute et d’orientation
📞 Numéro vert : 116
Ce numéro est présenté comme un service d’écoute et d’orientation pour les victimes de violences basées sur le genre en Guinée.
Avant publication, il convient de confirmer auprès du service responsable sa gratuité, son anonymat et sa disponibilité effective 24 h/24.
Effectuer un signalement en ligne
La plateforme VBG Guinée permet de faciliter l’accès à l’information, à la sensibilisation et aux dispositifs de signalement des violences basées sur le genre.
Selon les fonctionnalités disponibles, les victimes ou les témoins peuvent transmettre des informations relatives à une situation de violence et solliciter une orientation adaptée.
Lorsque l’application dispose d’un mode hors ligne, un signalement peut être préparé sans connexion Internet, puis transmis lors du rétablissement de la connexion.
Attention : un signalement enregistré hors ligne n’est pas reçu immédiatement par les services concernés. En cas de danger imminent, il ne remplace pas un appel d’urgence ou une demande d’aide directe.
Faire appel à des professionnels
Selon votre situation, vous pouvez également contacter :
- Les services sociaux compétents.
- Les structures sanitaires.
- Les organisations de défense des droits des femmes.
- Les associations spécialisées dans l’accompagnement des victimes.
- Les services de police ou de gendarmerie.
- Les professionnels de l’assistance juridique et psychologique.
Demander de l’aide est une démarche de protection, et non un signe de faiblesse.
10. Comment aider une personne victime de violences ?
La lutte contre les violences conjugales concerne l’ensemble de la société.
Si une amie, une collègue, une voisine ou une personne de votre entourage vous confie qu’elle subit des violences, votre réaction peut jouer un rôle déterminant.
Écoutez sans juger.
Accueillez sa parole avec respect, sans remettre systématiquement en question son témoignage.
Ne lui imposez pas une décision.
Évitez les phrases telles que « Pourquoi ne pars-tu pas ? » ou « Tu devrais simplement divorcer ».
Ces réactions peuvent renforcer son sentiment d’isolement.
Respectez sa confidentialité.
Ne partagez pas son histoire sans son accord, sauf lorsque des obligations légales ou une situation de danger grave nécessitent une intervention appropriée.
Proposez une aide concrète.
Vous pouvez l’accompagner vers un service de santé, lui communiquer les coordonnées d’une structure spécialisée ou l’aider à identifier un lieu sûr.
Respectez son rythme.
Une victime peut avoir besoin de temps avant de prendre certaines décisions. L’essentiel est de maintenir un soutien respectueux et de ne pas l’exposer à de nouveaux dangers.
11. Reconstruire sa vie après les violences
Quitter une relation violente ne signifie pas nécessairement que toutes les difficultés disparaissent immédiatement.
La reconstruction peut nécessiter du temps et plusieurs formes d’accompagnement.
Elle peut notamment comprendre :
Un accompagnement psychologique : pour surmonter les traumatismes, retrouver confiance en soi et reconstruire son équilibre émotionnel.
Un accompagnement juridique : pour comprendre ses droits, engager les démarches appropriées et rechercher des mesures de protection.
Une autonomisation économique : pour accéder à une formation, développer une activité génératrice de revenus ou retrouver un emploi.
Un accompagnement social : pour faciliter l’accès à un logement, aux soins et aux services essentiels.
Un soutien familial et communautaire : lorsque l’entourage constitue un environnement protecteur et respectueux.
Chaque étape vers l’autonomie, aussi petite soit-elle, peut contribuer à retrouver une vie plus stable et plus sûre.
Ensemble, brisons le silence sur les violences conjugales
Les violences conjugales ne sont ni une fatalité ni une affaire qui doit nécessairement rester enfermée dans le silence du foyer.
Elles constituent une atteinte à la dignité humaine, à la sécurité et aux droits fondamentaux.
Aucune tradition, aucune difficulté économique et aucune pression sociale ne justifient qu’une personne soit humiliée, menacée, contrôlée ou agressée.
En Guinée, la prévention des violences basées sur le genre nécessite l’engagement des familles, des communautés, des autorités, des organisations de la société civile et de chaque citoyen.
À toutes les personnes qui vivent une situation de violence :
Vous méritez de vivre dans la sécurité, le respect et la dignité.
Vous avez le droit de demander de l’aide, de protéger vos enfants et de construire un avenir sans violence.
Vous n’êtes pas obligé(e) de prendre toutes les décisions aujourd’hui. Votre sécurité est la priorité.
💜 Votre sécurité compte. Votre voix compte. Votre vie compte.
Brisons le silence. Protégeons les victimes. Prévenons les violences.
Plateforme VBG Guinée — Ensemble contre les violences basées sur le genre.